Pourquoi ne surtout pas créditer les auteurs d’images ?

Quand vous êtes photographe, il est entendu que vous chiez des images à la centaine, sans réfléchir, sans intention, et que la qualité de ces images dépend seulement de la gamme de votre appareil photo. Il est entendu également qu’un super appareil photo limite votre travail photographique au déclenchement compulsif de votre obturateur, et que vous n’avez qu’à saturer vos cartes mémoires en rafales.

Donc vous n’êtes pas auteur. Vous êtes juste la main qui tient l’appareil photo. Comme tous les glands qui photographient n’importe quoi n’importe comment avec leur téléphone. En 2015, alors que l’image médiocre est à la portée de tous et envahit sites, blogs et réseaux sociaux, celui qui s’autoproclame photographe n’est qu’un Instagrameur de plus, avec simplement une plus grosse… lentille. Il n’est aucunement besoin d’avoir appris à composer une image, à gérer sa profondeur de champ, à utiliser le bon matériel de la bonne manière, pour communiquer à travers l’image.

Les journalistes ont le droit d’être crédités pour leurs textes, car le texte n’est pas à la portée de tout le monde. Rédiger est difficile, surtout si l’on cherche à s’exprimer clairement et dans le respect de la grammaire et de l’orthographe. Et puis l’article découle toujours d’un processus d’investigation long et risqué. Les journalistes ont le droit d’être crédités par leurs journaux, car ce sont des auteurs d’oeuvres originales. Comme les écrivains. Si par malheur, vous reproduisez un article de presse sans autorisation, vous aurez le journal (et ses avocats) contre vous, quand ce n’est pas en plus le syndicat des journalistes.

Les chercheurs ont le droit d’être crédités pour leurs articles scientifiques, car la science n’est pas à la portée de tout le monde. La recherche est longue est fastidieuse, souvent infructueuse, et demande de hauts niveaux de formation, des études longues et coûteuses. Et puis la recherche découle toujours d’un travail long et rigoureux. Le chercheurs ont le droit d’être crédités pour leurs recherches, car se sont des auteurs d’oeuvres originales. Si par malheur, vous reproduisez un article scientifique sans autorisation, vous aurez son éditeur (et ses avocats) contre vous, quand ce n’est pas en plus l’université qui emploie les ou les chercheurs lésés.

Les compositeurs ont le droit d’être crédités pour leur compositions musicales, car écrire la musique n’est pas à la portée de tout le monde. L’apprentissage de la musique est long et fastidieux, et même les meilleurs diplômes ne garantissent pas d’être capable un jour d’écrire 2 mesures originales dignes d’être jouées. Les musiciens et les compositeurs ont le droit d’être crédités, car ce sont des auteurs d’oeuvres originales. Si par malheur vous reproduisez leur musique sans leur autorisation, vous aurez les sociétés de production (et leurs avocats) contre vous.

Les designers graphiques ont le droit d’être crédités sur leurs brochures, car ils ont matériellement la possibilité de rajouter leur nom eux-mêmes.

Un imprimeur et un éditeur ont le droit d’être crédités sur leurs produits, car après tout, il faut bien qu’ils fassent leur publicité. Sans publicité, on met la clé sous la porte.

Les photographes n’ont pas le droit d’être crédités car faire une photo est à la portée de tout le monde. Apprendre la photo est inutile pour réaliser une belle image, et tout le mérite revient à l’appareil. De même que le mérite de l’écrivain revient à sa machine à écrire, celui du cuisinier à ses casseroles, celui du violoniste à son Stradivarius. N’importe qui pouvant faire la même chose avec du matériel similaire, ce ne sont pas des auteurs d’oeuvres originales. Si par malheur, vous reproduisez une image, c’est correct car elle n’appartient à personne dès qu’elle est publiée : elle appartient à internet. De plus, on fait de la photo par plaisir, donc une photo n’a pas vraiment de valeur. Et si ce sont plusieurs milliers de dollars de matériel personnel qui ont été mobilisés pour réaliser l’image, c’est parce qu’on le voulait bien. Et puis si un photographe veut absolument être crédité, il fait comme les autres : il met une signature moche en gros en bas de l’image.

Quand vous utilisez une œuvre dont vous n’êtes pas l’auteur, quelle que soit sa nature et sous réserve d’avoir le droit de l’utiliser, créditer l’auteur est une obligation légale mais également la moindre des politesses. C’est une marque de respect par rapport au travail effectué.

Contrevenir à cette obligation légale est passible de 5 ans de prison et de 500 000 € d’amende en France, et de peines similaires dans les autres pays occidentaux.

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2017-04-11T23:19:14+02:0012 février 2015|Catégories : Réflexions|Mots-clés : , , , |1 Comment

À propos de l'auteur :

Développeur d'outils logiciels de traitement d'image pour darktable. Spécialiste calcul et modélisation thermodynamique chez Cellier Domesticus. Photographe. Pianiste. Développeur spécialisé en Python pour le calcul et la modélisation. Auteur de bouquins et de blog sur les sciences et la technologie. Expériences précédentes dans la fonction publique territoriale, les moteurs électriques industriels, les voitures solaires en fibre de carbone et le non-sens académique (maths sup, DUT).

Un commentaire

  1. Lucien 16 novembre 2017 à 6 h 56 min - Répondre

    Bonjour,

    merci pour ce billet à la conclusion finement amenée.
    Je retiens cette phrase “e mérite de l’écrivain revient à sa machine à écrire, celui du cuisinier à ses casseroles, celui du violoniste à son Stradivarius.”
    Elle pourrait s’avérer utile dans certains échanges avec des pilleurs professionnels.
    Lucien

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