Le piège du glamour

Le marché de la photographie est un drôle de composite. La photo commerciale cherche à vendre et à faire vendre des produits et des marques. La photo éditoriale fournit aux livres, magazines, sites et blogs de quoi illustrer leurs contenus textuels. La photo d’événements immortalise l’instant pour un client, en allant parfois jusqu’à créer des situations artificielles juste pour l’image, pour fabriquer un souvenir presque toujours excessif. La photo d’actualité ne sait pas trop si elle doit être engagée ou objective, artistique ou documentaire/scientifique, retouchée ou pas. La photo d’art est un pan qui mérite à lui seul une analyse complète tant il est varié, paradoxal. La photo érotique et pornographique donne un frisson temporaire aux personnes en manque, lassant aussi vite qu’elle émoustille, avant que la surenchère de pratiques extrêmes ne viennent renouveller l’intérêt.

Et puis il y a la photo de pornographe amateur, celui qui fait vivre les modèles voyageuses parce qu’il les paie sans sourciller, son faible portfolio ne lui laissant pas tellement de marge de négociation. Celui qu’on nomme GWC (guy with camera), souvent cadre ou fonctionnaire de plus de 50 ans, paie des modèles professionnelles ayant la moitié de son âge pour qu’elles se mettent à nu devant son appareil haut de gamme et satisfassent ses appétits déçus pour la moitié du prix d’une escort girl. Bizarre.

Papys vs. cuties, photo du workshop UTadventure août 2017, Utah, crédit Gwendolyn Jane. Le seul homme sous 50 ans est le petit ami de la modèle et co-fondateur du workshop, Dmitriy Lavrentyev, en 2e en partant de la gauche.

Dans ce gros gâteau étrange se trouve néanmoins une constante : l’appétit pour le glamour et le sexy, dès qu’une femme s’y trouve. Le terme « glamour » semble venir de l’écossais « gremayre », dérivé de l’anglais « grammar » qui signifie science occulte, lui-même dérivé du français « grammaire », et désigne un sortilège de changement d’aparence. Il partage la même racine que grimoire. Hollywood l’introduit pour désigner le charme exercé par des actrices élégantes au pouvoir de séduction apparemment surnaturel, puisque le cinéma d’avant-guerre raffolle de beautés qui ne peuvent être que vénéneuses. Le terme « sexy » est en revanche bien moins poétique, puisqu’il renvoie directement à l’attirance sexuelle et peut se traduire en français trivial par « baisable ». Il semble avoir été forgé dans les années 1920, donc contemporain de Hollywood. Aujourd’hui, les deux termes semblent liés et mutuellement remplaçables, l’un étant l’adjectif associé au concept décrit par l’autre. Ce qu’on désigne aujourd’hui par glamour s’est cependant bien éloigné de l’élégance travaillée et de la séduction sage pour se ranger juste avant l’érotisme.

Le glamour est la plus belle hypocrisie de ce siècle et du dernier : a priori classée « tous publics » puisqu’on n’y voit rien d’explicitement sexuel et que les tétons honnis sont masqués sous la lingerie, elle pue la chatte entre ses lignes de pixels. On y présente des corps idéalisés cambrés dans l’attente du coup de bite imaginaire de celui qui verra la photo. On montre une fille, tantôt dominatrice, tantôt soumise, dans des postures concupiscentes pour vendre du linge de luxe ou de la bijouterie. Et chez les photographes, on vend des séances de photo « boudoir » (comprendre : lingerie sexy et maquillage appuyé) à des femmes amatrices en guise de thérapie par l’image, afin de révéler leur potentiel de séduction dans une mode toute américaine de l’« empowerment » (émancipation de la femme des normes et des pressions sociales par des pratiques positivistes).

J’ai beaucoup de mal avec le concept d’émanciper la femme en lui montrant que, avec un photographe expérimenté et quelques heures de Photoshop, elle peut rentrer elle-aussi dans des standards de beauté idiots et avoir l’air d’une véritable aguicheuse de film américain. J’ai beaucoup de mal aussi avec les photographes qui piétinent toute éthique en s’improvisant thérapeutes parce qu’ils aident ponctuellement des gens à accepter l’image qu’ils donnent.

Photo de commande pour un casting. La consigne était d’être « provoquant ». Minh-Ly et moi, on n’a aucune idée de ce que ça veut dire…

Et pourtant, je ne suis pas puritain. Je photographie des nus depuis 2 ans, sans m’embarasser de censure, et j’ai tenté parfois la pornographie, qui ne me pose aucun problème de conscience tant qu’elle est bien faite. Le problème, c’est que la vraie sexualité se montre mal : faite de corps collés, enroulés, enlacés, et qui se cachent l’un l’autre, elle laisse peu à voir et se trouve très loin des postures caricaturales, ouvertes, écartées, etc. du porno mainstream. Il y a dans la sexualité un potentiel poétique qui autorise une pornographie artistique, mais celle-ci devra user de narration et de suggestion si elle veut rester authentique, plus que de description et de démonstration détaillée, puisqu’on ne voit presque rien de ce qui se passe effectivement.

Chez moi, l’érotisme s’assume.

Et c’est là que le bât blesse : la sexualité réelle est bien moins démonstrative visuellement que sa promesse implicite, que nous appellerons donc le sexy ou le glamour. Partant de là, le fait d’en faire des tonnes pour avoir des images sexy et provocantes (d’émotions sexuelles, donc) est simplement ridicule, et mettre à quatre pattes dans un lit une fille en lingerie et talons aiguilles devient simplement sans objet. J’ai la plus grande des méfiances, voire un certain dédain, pour cette photographie poubelle qui ne survivra guère à l’émotion passagère qu’elle provoque dans les pantalons. Qu’a-t-elle à dire ? Qu’a-t-elle à apporter ? Pourquoi et pour qui existe-t-elle ? N’est-on pas seulement en train de raccoler le spectateur en s’adressant directement au dessous de la ceinture pour court-circuiter la partie rationnelle, et toute opinion ou interprétation esthétique, artistique ou symbolique ? Tout ça pour quoi ? Pour vendre quoi ? Pour raconter quoi ?

Que la société se libéralise n’est pas une mauvaise chose (si tant est que ça soit le cas, puisque la censure est de retour sur les réseaux sociaux américains), et qu’on soit de plus en plus à l’aise avec le sexe, notamment à la télévision, indique que nous avons finalement fini par oublier les curés. Mais de là à en saupoudrer partout, comme une formule magique qui fait oublier que la photo est vide et sans idée, il y a un monde. La pornographie ne me dérange pas. L’érotisme ne me dérange pas. Le glamour ne me dérange pas. Ce qui me dérange, c’est le recours systématique au registre sexuel implicite et explicite pour combler le vide narratif de l’image. D’autant que la réalité de la photo sexy est qu’elle a presque toujours quelque chose à vendre, en utilisant le désir comme outil de persuasion : au minimum des likes, sinon des produits ou des marques.

Cette photo a été jugée « sensuelle » par quelqu’un. J’ai beau chercher, je ne vois pas.

Conséquemment, on ne peut plus faire une photo de femme sans qu’elle soit jugée « sexy », « sensuelle » ou je ne sais quoi de relié à la promesse de tirer son coup. Mes photos sont pleines de ces commentaires qui essaient trop fort d’y trouver une invitation. Le seul souci est que je n’ai jamais, pas une seule fois, demandé à une modèle d’être sexy ou d’avoir l’air provocante (à l’exception de la photo de casting montrée plus haut). Ça se produit parfois tout seul, mais ça n’est jamais une intention, et la diversité de mes photos qu’on a jugées sexy montre qu’on peut trouver du sexy partout où l’on veut en voir. Une fille nue n’est pas forcément en train d’attendre de se faire prendre, une fille qui fixe l’objectif n’est pas forcément en train de provoquer, nous ne sommes pas juste des animaux destinés à planter notre drapeau à la première occasion qui se présente.

Parfois, je me demande si les motivations de mes collègues photographes ne sont pas purement sexuelles. Évidemment, on peut spéculer à l’infini sur celles-ci, puisqu’il n’y a aucun moyen d’ouvrir leur tête pour aller vérifier, mais tout de même… Le glamour est le genre de photographie où le marché est le plus vaste, pour les modèles féminins. Du « boudoir » (photo en lingerie, plus ou moins érotique, dans un contexte domestique) au « swimsuit » (photo en maillot de bain, dans toutes sortes de contexte : à la plage, en train de laver une voiture, …), la demande est pressante et les perspectives de revenus alléchantes.

Les photographes glamour semblent se spécialiser dans le type de modèles qui les fait rêver : caucasiennes blondes, asiatiques, méditerranéennes, africaines… et semblent ne travailler qu’avec ce type de modèle exclusivement. Dans quel objectif ? Les poses choisies ainsi que les retouches appliquées respectent les canons et les stéréotypes féminins actuels (mince, peau parfaite, pas de rides, pas de cicatrices, pas de bourrelets, seins gros à très gros et souvent refaits). Les photos sont très nettes, très lumineuses, chirurgicales. Les couleurs sont chaudes, favorisant les tons chair et terracotta. Et puis, bien sûr, chez les amateurs qui se piquent de photo glamour, la lumière n’est pas bien gérée, trop uniforme, pas bien dirigée, pour un look de porno amateur pas cher très malaisant. Dans tout les cas, la poésie est absente, de même que la sensibilité. N’y cherchez ni message, ni narration, ni prise de parti, ni prise de risque. Ces photographes sont-ils à la recherche de succès par la production de beauté consensuelle ? Se prennent-ils pour des Pygmalion fabriquant leur Galatée ?

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2017-09-05T01:06:10+02:0013 août 2017|Catégories : Réflexions|Mots-clés : , , , |10 Commentaires

À propos de l'auteur :

Développeur d'outils logiciels de traitement d'image pour darktable. Spécialiste calcul et modélisation thermodynamique chez Cellier Domesticus. Photographe. Pianiste. Développeur spécialisé en Python pour le calcul et la modélisation. Auteur de bouquins et de blog sur les sciences et la technologie. Expériences précédentes dans la fonction publique territoriale, les moteurs électriques industriels, les voitures solaires en fibre de carbone et le non-sens académique (maths sup, DUT).

10 Comments

  1. Phil Verce 16 août 2017 à 15 h 27 min - Répondre

    Bonjour.

    Tout cela n’est pas faux mais je trouve la charge un peu violente sur certains points ou c’est peut-être le terme de glamour que je trouve pas si approprié dans la critique. J’aurais tendance à penser la même chose que vous pour ce qu’on appelle la photo de charme. Alors, charme ou glamour ou les deux ou même ni l’un ni l’autre. Il peut aussi y avoir des nus réalistes et crus parfaitement insupportables.
    Cela dit, je suis d’accord sur le fait que c’est un piège, notamment pour les photographes techniquement chevronnés. Mais tout les y pousse. Il n’y a qu’à voir quels sont les critères de notoriété sur des sites tels que 500px: peau lissée, poses stéréotypées, physiques standardisés. Malgré tout, même en respectant ces codes, je trouve que quelques pépites émergent, quelques créatifs qui arrivent à transcender le genre, je pense notamment à un photographe comme Rainer Matthias Gillessen.
    C’est pour les modèles que le fait d’être cantonnés à ce type d’image peut poser problème.
    Cordialement.

    • Aurélien 18 août 2017 à 0 h 51 min - Répondre

      Je dis « glamour » parce que la photo de charme n’existe pas dans la taxinomie américaine. Le glamour se situe entre le portrait et l’érotisme, et contient ce que les français appellent la photo de charme (d’ailleurs, le sens premier de « charme » est un sortilège, donc veut dire exactement la même chose que « glamour » en écossais). Je ne suis pas familier avec la taxinomie française.

  2. Jan van Askania 25 septembre 2017 à 2 h 57 min - Répondre

    Ouf ! Enfin une analyse pertinente ! Vous avez bien défini le glamour : un érotisme hypocrite et convenu, loin de la vraie vie, et des vrais etres humains. Je suis photographe aussi, vous l’aurez deviné, et je suis effaré de constater que les modèles -amateurs- veuillent poser pour du glamour, du “boudoir”, mais “rien de dénudé ni de vulgaires (sic)”. Les pauvres. J’ai commencé le nu pour faire plaisir à des copines, je le jure ! Et bien sur, j’y ai pris gout, mais je me heurte à ces fameux stéréotypes. Et de plus, je viens d’avoir 50 ans, donc, cest foutu…
    Amicalement.

    • Aurélien 26 septembre 2017 à 19 h 56 min - Répondre

      Ça c’est original, de commencer le nu pour faire plaisir à des copines 😉

      Mais sérieusement, je ne sais pas ce qui se passe autour de 45-50 ans, avec tous ces amateurs qui se mettent en tête de commencer le nu avec des femmes de l’âge de leur fille, sans projet artistique ni ambition créative. C’est le démon de midi ? Moi j’avais commencé le nu par bravade, parce que je détestais ce que les autres faisaient et que je pensais pouvoir faire mieux. Du coup, avoir le même âge que ses modèles, ça évite certaines appréhensions.

      Qu’on soit clair, c’est parfaitement acceptable de se mettre au nu après 40 ans, mais la recrudescence de pornographes amateurs dans cette tranche d’âge est assez marquée pour être suspecte. Et la qualité générale qui en résulte confirme le soupçon. Du coup, c’est quoi qui les motive ?

  3. DEUPONT 29 septembre 2017 à 5 h 17 min - Répondre

    Bonjour. Inscrit sur Focale31 depuis quelques années, photographe…Amateur ( Et oui ! ), A l’approche de la soixantaine, ( Quelle horreur ! ), je photographie pour le plaisir…..Parfois des nus ( Damnation !). Je participe aussi à des ateliers ( Pourquoi tout angliciser ?), avec d’autres photographes amateurs, souvent eux-aussi quinquagénaires, chez un photographe professionnel.
    D’après ce que j’ai lu, nous serions des maudits, des pervers ?
    Je vous trouve un peu sévère. Qui aurait donc le droit de faire des photos ? Celui qui en vit, qui a un réseau, et est estampillé artiste ?
    Bien à vous.

    • Aurélien 29 septembre 2017 à 8 h 47 min - Répondre

      Bonjour !

      D’après ce que j’ai lu, nous serions des maudits, des pervers ?

      Je n’ai pas dit ça. J’ai dit que la population des photographes de nus possède une anomalie statistique autour de 50 ans, et que, bizarrement, ils ne photographient en général ni des hommes, ni des femmes de leur âge, et que leurs éclairages mal gérés et la sensation libidineuse qui transpire des photos posent question sur leur motifs réels.

      Chacun fait ce qu’il veut, cela s’entend, mais on peut tout de même analyser et questionner les tendances qui se dessinent. Du reste, j’admets sans ambages être un pervers fini, et je le vis très bien. C’est d’essayer de le cacher sous des motifs artistiques alambiqués qui est ridicule. Autant assumer…

      J’anglicise, parfois, parce que je vis au Canada à 60 km de la frontière US et que je passe beaucoup de temps sur la version anglophone du web.

  4. DEUPONT 30 septembre 2017 à 4 h 55 min - Répondre

    Merci de m’avoir lu et aussi d’avoir publié mon commentaire. Il y a peut-être une anomalie statistique, mais elle existe aussi du côté des modèles : peu de femmes posent au delà de la trentaine, et elles sont encore moins nombreuses après la quarantaine : cela a certainement à voir avec le diktat des canons de ” la beauté officielle ” …..Il faudrait, à mon avis, s’intéresser aussi à une nouvelle génération de femmes photographes, qui posent un autre regard sur la photo, et qui n’hésitent pas à aller très loin, en particulier dans le nu et l’érotisme ; dans leur travail, elles sont exemptes du sexisme habituel.
    Quant à moi, modeste artisan ( et ne tirant aucun revenu de la photo ), je n’hésite pas à photographier des hommes, ou des femmes de mon âge, quand j’en trouve !
    Bien à vous.

  5. Alain Richard 30 septembre 2017 à 7 h 56 min - Répondre

    Bonjour,
    Je fais partie de ces pervers en mal d’émotions sexuelles à qui vous refusez la légitimité de faire des photographies de nu artistique, au motif qu’ils ont la cinquantaine (personnellement j’ai même un peu plus…) et qu’ils le font de manière désintéressée, en amateur, et non pour répondre à quelque commande. Voilà qui est bien méprisant et bien élitiste. Sans vouloir me donner en exemple car je trouve mon niveau très médiocre encore, même si je fais des stages avec des maîtres grâce à qui j’espère un jour faire des photos dont ne “transpire pas de sensation libidineuse” ni l’impression que “les éclairages sont mal gérés”…, je vois tous les jours sur la toile des oeuvres ( eh oui, j’insiste, ce sont des oeuvres d’art…) qui suscitent une vraie émotion esthétique.
    Les questions auxquelles vous apportez des réponses d’autorité sans nuance, je me les pose évidemment depuis que j’ai commencé ( à l’âge de 57 ans, très exactement) la photo de nu ( avec des modèles qui ont l’âge de mes filles, ou moins…), juste parce que je m’étais aperçu (à côté de mon travail de photographe de scène) que j’étais fasciné par la sublime élégance que produit la rencontre de la lumière avec un corps humain. Il est vrai que je n’ai jamais été attiré par ce que vous et d’autres appellent le “glamour” ou le “boudoir”, qui cachent pour mieux suggérer. Ce que je recherche dans mon travail ( eh oui, j’appelle quand même cela un travail…) c’est justement une nudité totale qui soit le moins érotique possible, ayant toujours en tête les statues de Praxitèle… Bon, mais ça devient très vite compliqué car est-il possible de dissocier complètement l’émotion esthétique de l’émotion érotique, en général? Bien malin est celui qui pourrait répondre à cet ensemble de questions: pourquoi le corps humain nu est-il ressenti comme “beau” ? la vue d’un corps humain nu ne provoque-t-elle tant d’émotion (et de désir…) que parce que vingt siècle d’idéologie religieuse l’ont caché aux regards non-autorisés dans le cadre sexuel de la reproduction. Bon j’arrête…
    Je me suis demandé donc si ma motivation à faire ces photos était “artistique” (faire une oeuvre qui dégage – pour faire simple – de la “beauté”) ou une réponse à ce que vous appelez gentiment le “démon de midi”. Je ne suis pas sûr de la réponse, mais a minima: je me suis assuré que j’avais par ailleurs une vie sexuelle normale et épanouie, je me suis assuré de n’avoir aucun désir en particulier pour les jeunes femmes qui viennent travailler avec moi dans mon studio ( et ça marche… je vous assure que c’est vrai, moi qui adore regarder les jambes des filles dans la rue, j’ai spontanément domestiqué mon corps pour qu’il ne réagisse pas tant qu’elles sont nues sous les projecteurs…). Depuis que je me suis rassuré le plus honnêtement que j’aie pu, je me permets même de faire porter aux modèles de la lingerie “sexy” (le plus souvent parce qu’elles le demandent, ça répond je crois aux habitudes).
    Ensuite est-ce de l’art? J’espère que oui. Je dirai que le critère distinctif pour moi n’est pas dans la “qualité” ( car: existe-t-il des degrés de qualité dans l’art?) mais dans la démarche. Il vous sera sans doute aisé de dauber sur les photos que font les vieux libidineux de 50-60 ans, comme on daube sur les peintres du dimanche qui s’obstinent – depuis que le chevalet a été inventé – à produire des croûtes chaque week-end en se prenant pour Manet. Cependant, je me permets de penser, malgré votre élitisme méprisant de jeune homme bien dans sa tête et qui aimerait bien être avec quelques potes seul légitime à faire des photos, que la démarche est la même: Manet ayant peint d’abord pour lui-même et non suite à la commande d’une agence de com, on peut dire que Manet était un “amateur”…
    Alors pardon mais je vais continuer à photographier des jeunes femmes et des jeunes hommes nu(e)s, en travaillant toujours à rendre mes lumières mieux gérées et mes photos moins sordidement libidineuses. Ce que je revendique comme juste et légitime, ce n’est pas que j’y réussisse… c’est que j’aie cet objectif.
    Bien à vous

    • Aurélien 30 septembre 2017 à 22 h 15 min - Répondre

      Je ne refuse rien à personne, je dis ce qui me dérange. Vous diabolisez mon propos pour mieux vous sentir offensé.

      Trop d’approximatioms dans votre commentaire, je ne sais par où commencer…

      – L’art et le beau sont deux choses différentes, voir mon pote Thomas qui parle de l’approche kantienne du beau : https://thomashammoudi.com/en/la-demarche-photographique/
      – L’érotisme de la nudité n’est pas de votre responsabilité, pour certaines personnes des Louboutin ou des gants de cuir sont érotiques, leurs maroquiniers n’y sont pour rien, vous pouvez toujours chercher à minimiser l’érotisme de vos nus, je vous souhaite bon courage : c’est un combat perdu,
      – L’émotion esthétique et l’émotion érotique sont parfaitement dissociables quand on a consommé assez de nus pour trouver ça banal. Pensez à un gynécologue. Ce qui rend le nu érotique, c’est plus sa connotation – toujours – plus ou moins tabou. Il n’y a qu’à voir le succès des nus volés de stars… La nudité, c’est encore perçu comme dégradant. Et, je ne vous fait pas un dessin, mais dégrader une fille, il y en a que ça fait jouir.
      – C’est de l’art s’il y a une idée dedans, une démarche, un truc à dire,
      – Je ne suis pas un « jeune homme bien dans sa tête et qui aimerait bien être avec quelques potes seul légitime à faire des photos » mais le conjoint d’une modèle professionnelle qui entends bien des histoires sur les photographes
      – je ne comprends pas votre obsession à penser que je méprise la photo « désintéressée », non commerciale, ou autre. Du reste, ce que j’admire ou méprise ne rend pas mon propos plus ou moins valide.

      Ce qui est magique sur le web, c’est qu’on ne puisse pas exprimer une opinion sans que les gens vous tombent dessus en imaginant que vous cherchez à les éclairer de votre vérité. Cet article n’est pas une réponse d’autorité, c’est mon opinion personnelle. Ceci est mon blog, mon bout de web personnel, c’est moi qui paie pour y exprimer mon avis. Quand je fais des articles plus « scientifiques » (avec sources et traitement de donnés), c’est écrit dessus et ça contient la nuance qui s’impose dans ce contexte (ex : https://photo.aurelienpierre.com/en-finir-mythe-retouche-photo/ ou https://photo.aurelienpierre.com/choisir-appareil-photo-numerique-reflex-larticle/).

      Et ce que vous appelez de l’élitisme, moi j’appelle ça de l’exigence, et son contraire, le nivellement par le bas.

  6. Lucien 16 novembre 2017 à 7 h 06 min - Répondre

    Bonjour,

    un billet d’une réelle lucidité, qui porte le fer là où ça doit faire mal. Pas LA vérité, certes, mais une opinion qui a le mérite d’être étayée.

    Ayant hélas tenté une expérience, dans le contexte d’un club photo, j’y ai vu à l’œuvre ces “consommateurs de chair fraîche”. Réticent au départ, j’en ai au moins acquis la certitude qu’on ne m’y reprendrait plus.
    Sur la place du nu dans la culture occidentale, j’ai lu avec intérêt l’ouvrage de François Jullien, “De l’essence ou du nu”, 2000, Seuil éd.

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