Published On : 14 February 2015 |Last Updated : 6 April 2017 |1431 words|6.1 min read|3 Comments|

Le tirage photo d’art connaît un nouvel essor depuis les années 2010, grâce à l’apparition des techniques numériques. Mais les supports et procédés de tirage se multiplient, rendant le choix plus complexe. Je vous propose un bref aperçu des possibilités, avec des illustrations provenant des échantillons de tirage que vous pouvez commander gratuitement chez WhiteWall (l’un des meilleurs labo photo au monde). Je vous conseille donc idéalement de faire de même, afin de vous rendre compte des différences entre les différents supports. Pour ceux qui ne peuvent/veulent pas, laisser moi vous faire mon rapport.

#Avant-propos : méthode de reproduction

Les reproductions numériques que j’ai réalisé pour illustrer cet article à partir des tirages échantillon sur papier n’ont pour objectif que de comparer les tirages entre eux, pas de juger de la qualité des tirages individuellement. Les photos ont été prises avec un flash de part et d’autre de l’image afin de faire ressortir au maximum la texture et le grain du papier grâce à la lumière rasante. Cependant, les poussières et les rayures survenues pendant la manipulation des clichés ressortent aussi de façon plus marquée qu’en réalité (même en les ayant nettoyés à la poire soufflante). Vous devrez donc considérer qu’un éclairage frontal standard ne donnera pas du tout le même rendu, et que ce que je montre est le pire cas de figure imaginable. De plus, j’ai voulu utiliser les mêmes puissances de flash, diaphragme et sensibilité pour tous les tirages, afin de garder les mêmes conditions de luminosité d’une photo à l’autre, mais ceci pose quelques problèmes car les différents papiers ne prennent pas la lumière de la même façon. Notamment, les surfaces texturées accrochent d’avantage la lumière lorsqu’elle est rasante. En outre, certains clichés n’étaient pas totalement plats. J’aurais pu trouver des solutions pour aplatir le papier, mais je voulais faire ça assez vite. Les clichés ont été réalisés à 50 mm, f/8, 1/200 s, 100 ISO avec une balance des blancs sur l’appareil réglée au gris neutre et les couleurs étalonnées à la Spyder Checkr. Cliquez sur les icônes pour voir les images en pleine largeur ou téléchargez toutes les images en haute résolution (archive zip).

#1. Les papiers photo-chimiques

Le procédé de tirage photochimique est directement hérité de l’argentique : au lieu de projeter un négatif sur du papier, c’est l’image numérique qui est projetée, pixel après pixel, au laser. Le papier est imprimé par la lumière, et les couleurs sortent après révélation dans un bain chimique.

#1.1 Les papiers brillants standards

Papiers ordinaires, et bien connus, ils satisfont la plupart des usages : portrait, paysage, photo de vacances, etc. Les deux concurrents ici sont le Kodak Pro Endura et le Fuji Crystal DP II. Le fini de surface est sensiblement le même, mais le Fuji a tendance à présenter des ombres plus denses. De plus, la température couleur du Fuji est légèrement plus froide que celle du Kodak, ce qui donne des bleus plus denses sur Fuji, et des jaunes plus lumineux sur Kodak. À noter : ces papiers sont dit “qualité archive” car leur longévité est remarquable. Fuji garantit ses couleurs pour 70 ans, et Kodak pour 100 ans. Cependant, comme ils ne réalisent pas leurs tests de vieillissement accéléré en suivant le même protocole, il est probable que les deux papiers aient la même longévité effective des couleurs, et que la différence ne soit que du marketing basé sur des méthode de tests différentes.

#1.2 Les papiers brillants laqués

Avec un fini très brillant, pelliculé, renvoyant fortement la lumière et des couleurs intenses, ils sont dédiés plutôt aux paysages nocturnes, et à toutes les photos en couleur d’apparence graphique (architecture, longues expositions). Le fini est beaucoup trop flashy pour convenir à du portrait, en règle général, à part si vous savez ce que vous faites. On trouve le Kodak Metallic et le Fuji Flex. Le Fuji présente une surface incroyablement lisse mais très sensible aux rayures alors que le Kodak est légèrement texturé (autant qu’un papier brillant classique). Ma préférence va clairement au Fuji, dont la sensibilité à la lumière est élevée, donnant de très belles couleurs, une sensation de netteté et de contraste marquée, et un photo-réalisme saisissant. Le Kodak a, lui, un fini métallique et presque caricatural à mon sens. Sous certains angles, il fait penser à une impression d’emballage sur papier aluminium. Je ne suis pas fan, mais ça n’est pas laid non plus.

#1.3 Les papiers mats et satinés

Moins sensibles aux reflets parasites de l’éclairage, offrant un rendu plus doux mais moins lumineux, les papiers mats peuvent présenter certains avantages en portrait. On retrouve les mêmes joueurs : Kodak Pro Endura et Fuji Crystal DP II mats. Ici, c’est le Fuji dont le blanc est un peu plus chaud et alors que le Kodak est un peu plus froid. Mais les bleus paraissent toujours plus profonds sur le Fuji (peut-être dû un étalonnage différent des machines de WhiteWall). Le fini de surface est très fin et peut être un poil plus lisse sur le Kodak. Le dernier photo-chimique est le Fuji Crystal DP II soie, au fini de surface toilé. C’est laid. Je ne vois rien d’autre à dire.

#2. Les papiers jet-d’encre

L’impression photo jet-d’encre a beaucoup évolué ces dernières années, offrant une colorimétrie souvent plus précise que le photo-chimique et une définition d’image supérieure. Mais l’intérêt principal du jet d’encre réside dans le choix de papier d’art plus typés.

#2.1 Hahnemühle Fine Art Pearl

Le Hahnemühle Fine Art Pearl ressemble à un papier d’art qui ne s’assume pas : sa surface perlée (finement brillante), avec un fini délicatement texturé, est à mi-chemin entre le papier photo-chimique et les autres papiers d’art. Néanmoins, il présente un contraste inférieur aux papiers photo-chimiques et un rendu plus précis que les autres papiers d’art.

#2.2 Hahnemühle Fine Art Photo Rag, Torchon et William Turner

Gros coup de coeur, le Hahnemühle Fine Art Photo Rag transforme une photo en aquarelle, et les aplats de couleurs (le ciel) en magnifique lavis. Le rendu mat est superbe, les couleurs sont profondes, le contraste est subtil, et j’y fixerais volontiers certains portraits très doux. Magnifique, vraiment. Le Hahnemühle Fine Art Torchon reprend les mêmes caractéristiques avec un grain un peu plus épais. Je le vois plutôt pour du paysage de neige, ou des bokehs marqués, afin de faire ressortir la texture de l’image avec la texture du papier. Le Hahnemühle Fine Art William Turner est encore plus grainé, avec un relief prononcé, mais une surface en revanche plus fragile et très sensible à l’abrasion. Le rendu fortement texturé ne conviendra pas à toutes les photos, et la moindre manipulation du papier arrachera des petites parties de surface encrée. Incompatible donc avec de la conservation et de l’archivage de photo.

#3. Jet d’encre vs. photo-chimique ?

Le choix apparaît donc assez large et l’important est surtout de choisir le bon support pour la bonne image. Côté netteté et définition d’image, le jet d’encre l’emporte, comme le montre ce recardage 100 % d’un détail, même si la différence n’est pas évidente à une distance raisonnable de l’image :

Hahnemühle Fine Art Pearl (détail)
Hahnemühle Fine Art Pearl (détail)
Fuji Crystal DP II Brillant (détail)
Fuji Crystal DP II Brillant (détail)

Pour un fini mat et un rendu plus doux (presque aquarellé), les papiers jet-d’encre sont vraiment magnifiques. Mais pour des contrastes plus marqués, des couleurs plus riches, le photo-chimique l’emporte haut la main. Côté conservation, les papiers photo-chimiques sont beaucoup plus robustes et moins sensibles à l’abrasion (arrachement de la surface encrée) que les Hahnemühle, même si certains sont sensibles aux rayures. Enfin, le jet-d’encre donne des résultats plus facilement reproductibles (surtout en labo bas de gamme), car le moindre choc thermique des chimies peut causer une déviation vers le vert ou vers le magenta de vos tirages photo-chimiques. Le photo-chimique impose donc une très bonne maîtrise de son procédé et de la conservation des chimies pour donner des résultats à la hauteur du jet-d’encre. Reste à choisir le rendu approprié à l’ambiance de votre image…

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