Choisir son appareil photo numérique réflex

Résumé

Une question récurrente des forums et sites de photo porte sur le choix de l'équipement : comment choisir sa marque puis son appareil photo ? De nombreuses autres questions sous-jacentes sont alors soulevées, telles que la possibilité de faire de la photo « professionnelle » avec un appareil étiqueté « amateur » ou entrée de gamme, ou encore les vraies différences qui existent entre les différentes gammes. Pour y répondre, il va falloir abandonner préjugés et a priori, et se détacher tout autant du marketing des fabricants que des tests "d'experts" pour analyser les différences réelles tant sur le plan technique qu'à l'usage.

Méta-données

aurelien, A. (2017, 02 décembre). Choisir son appareil photo numérique réflex [Article de blog]. Récupéré depuis : https://photo.aurelienpierre.com/choisir-appareil-photo-numerique-reflex-larticle/. Mis en ligne le 10 juin 2014.

Sommaire

Article

Cet article est (très) long. De nombreux guides d’achat synthétiques sont disponibles en ligne pour les gens pressés qui souhaitent suivre les conseils d’un gourou qui pense pour eux. Mon souhait ici est de rentrer dans les détails et de partager mes expériences et observations pour que vous fassiez un choix éclairé.

Allez vous chercher une bière ou un thé, mettez votre musique d’ambiance préférée et lisez ça tranquillement.

Les liens vers les produits conseillés dans cet article sont des liens d’affiliation, ce qui signifie que je perçois 3 à 8 % de commission si vous achetez les produits. Je ne recommande que du matériel que j’utilise ou que j’utiliserais moi-même. Les gains générés sont réinvestis dans ma photographie.

https://www.youtube.com/watch?v=VH-1_0aGIns

Avant-propos

Pratiquant la photographie depuis 2008, je suis aussi ancien élève de classe péparatoire (maths sup), technicien supérieur en mesures physiques et actuellement en train d’achever ma formation d’ingénieur en mécatronique à l’école Polytechnique de Montréal. Formé à la métrologie (la science de la mesure et des capteurs), à l’optique, au traitement du signal, à la mécanique et à l’automatique, mon regard sur le matériel photographique est à la fois pratique et beaucoup plus théorique que la plupart des testeurs qui sévissent dans les rédactions des magazines photos & high tech. Leur manque de connaissances scientifiques, notamment en physique, saute aux yeux dans les inepties qu’ils profèrent. Au cours de ma pratique photographique, j’ai eu l’occasion d’utiliser plusieurs appareils : argentiques, numériques, automatiques, entièrement manuels, micro 4/3, APS, plein format (35 mm) et moyen format (6×7 cm).

olympus_is_1000
Olympus IS 1000

Olympus IS 1000: Bridge argentique 35 mm sorti en 1990. Utilisation épisodique avant 2007. C’était l’appareil acheté par mon père à ma naissance.

Minolta Dimage Z1
Minolta Dimage Z1

Minolta Dimage Z1: Bridge numérique sorti en 2003. Utilisé lors de 3 voyages entre 2005 et 2007. Échantillons :

Panasonic DMC FZ 28
Panasonic DMC FZ 28

Panasonic DMC FZ 28: Bridge numérique micro 4/3 sorti en 2008. Mon premier appareil photo à moi. Utilisé entre 2008 et 2014. Tout petit, léger, facile à emmener partout et doté d’un zoom 18×, il m’a accompagné de nombreuses années. Le principal défaut de cet appareil est le bruit numérique présent dès 200 ISO et insupportable à partir de 800 ISO qui rend la photo par temps sombre juste impossible. La faible plage dynamique du capteur induit aussi un contraste exagéré qui rend difficile la récupération de détails dans les ombres. Échantillons :

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Nikon D5300

Nikon D5300: Réflex numérique APS-C sorti en 2013. Mon deuxième appareil et mon premier DSLR, utilisé depuis 2014. Une excellente qualité optique (avec des objectifs à focale fixe) et tous les avantages d’un réflex dans un petit facteur de forme (moins de 800 g). Si la montée en ISO est impeccable jusqu’à 800 ISO et très correcte jusqu’à 1600 ISO (avec le débruitage adéquat en post-traitement), le principal défaut de cet appareil est le manque de fiabilité de l’autofocus, principalement en basse lumière. Échantillons : 95 % des photos publiées sur ce site, dont :

Nikon FM
Nikon FM

Nikon FM : réflex argentique manuel 35 mmm sorti en 1979. Mon premier appareil argentique. Pas de surprise, c’est manuel, donc si la photo est manquée c’est de votre faute. Si elle est réussie aussi d’ailleurs. Utilisé depuis 2016.

Échantillons :

Pentax K1000
Pentax K1000

Pentax K1000 : Réflex argentique manuel sorti en 1976. Utilisé une seule fois pour mon premier shoot argentique. Échantillons :

Nikon D810
Nikon D810

Nikon D810 : réflex numérique 35 mm pro sorti en 2014. Loué 3 jours pour un mariage en 2016. Le premier appareil professionnel que j’ai eu dans les mains. Tellement fiable et efficace que ce n’est même plus drôle : c’est presque trop facile de sortir des photos techniquement parfaites. Échantillons :

Mamiya RB 67 : moyen format professionnel (6×7 cm) sorti en 1970. Dernier venu de ma panoplie, dédié aux photographes de mode et portraitistes travaillant en studio, ce beau bébé de 5 kg (sans l’objectif) entièrement manuel ne se prête pas à la photo spontanée à main levée mais embarque une surface photosensible deux fois supérieure aux meilleurs moyen format numériques actuels et près de 5 fois supérieure au plein format (35 mm). Il en résulte des images très détaillées aux dégradés délicats, avec une signature visuelle assez caractéristique (du moins pour les habitués des expositions).

Ayant utilisé toutes sortes d’appareils photos construits entre 1970 et 2013, mon expérience montre :

  1. j’ai fait de bonnes photos avec des appareils très démodés, sans assistance électronique, et d’une qualité optique largement dépassée,
  2. que la différence de qualité d’image n’est pas flagrante d’un appareil à l’autre, sauf à zoomer sur l’image au niveau du pixel, quand bien même les prix de ces appareils varient de 120 € à 3000 €,
  3. que le film n’a pas encore dit son dernier mot et se révèle plus intéressant que le numérique dans certains cas : pour le prix, pour la signature visuelle, le rendu général et la texture de l’image,
  4. que l’appareil le plus cher et le plus efficace n’est pas le plus agréable et amusant à utiliser.

Les appareils non « intelligents », c’est à dire dépourvus d’assistance électronique (autofocus, mesure d’exposition, etc.) doivent être utilisés avec de solides connaissances de leur fonctionnement. Mais les appareils intelligents ont aussi des limites à leur intelligence, et il faut les connaître pour ne pas se faire avoir (ex : certains appareils tendent à sur-exposer en mesure matricielle, il faut donc diminuer l’exposition de 1/3 à 1 EV). Dans tous les cas, les limite de l’appareil peuvent (et doivent) être compensées par l’intelligence du photographe.

La différence essentielle entre un D810 (3000 €) et un D5300 (700 €) est le facteur fiabilité : il y a plein de problèmes qui se posent avec le D5300 (au niveau de l’autofocus notamment) que je dois penser à compenser et qui ne se présentent pas avec le D810. Le D5300 est donc l’appareil que j’ai tous les jours dans mon sac (petit et léger, et donne quand même de très bonnes images), le D810 estcelui qui j’utilise avec un client (gros et lourd, mais plus efficace : moins de photos floues, moins de choses auxquelles penser, plus d’attention portée au client).

Qu’est-ce qu’un appareil photo ?

Réduit à sa plus pure expression, un appareil photo c’est un système de collimation (une lentille diaphragmée ou un trou d’épingle) qui vient former une image sur une surface photosensible (film ou capteur numérique) : appareil-photo

Les rayons lumineux partant de l’objet sont transmis par la lentille et vont converger au foyer. Les rayons périphériques vont être bloqués par le diaphragme dont le diamètre d’ouverture est réglable. Plus on coupe les rayons périphériques (diaphragme fermé), plus l’image est nette sur une grande profondeur car les rayons périphériques ont tendance à converger derrière le foyer et donc à former une image floue (bokeh). Physiquement, la distance focale correspond au rayon de courbure de la lentille (supposée sphérique). En pratique, un objectif est composé de plusieurs lentilles asphériques (le rayon de courbure n’est pas le même partout), et la distance focale est alors celle de la lentille équivalente au système de lentilles utilisé (l’équivalence est déterminée par calcul via les formules de conjugaison de Snell-Descartes).

Lorsqu’on réalise une photographie, on ne règle que deux choses :

  1. la mise au point, c’est à dire la position de la lentille par rapport à la surface photosensible, qui va rendre une certaine partie de l’image nette et tout le reste plus ou moins flou,
  2. l’exposition, c’est à dire la quantité de lumière qui arrive sur la surface photosensible. Cette exposition dépend de 3 paramètres :
    1. la sensibilité de la surface : un film ou un capteur plus sensible à besoin de moins de lumière pour former une image claire,
    2. l’ouverture du diaphragme : plus le diamètre du diaphragme est petit, moins on laisse entrer de lumière,
    3. le temps d’exposition : tant qu’on laisse le film exposé, la lumière « s’ajoute » donc plus on expose longtemps, plus on laisse entrer de lumière.

Les paramètres d’exposition influent sur la « texture » de l’image :

  1. une sensibilité élevée induit du bruit ou du grain, c’est à dire des points dont la valeur de luminance et/ou de chrominance est incohérente avec celle de leurs voisins,
  2. une grande ouverture créée un flou d’arrière-plan marqué (bokeh) utile pour isoler un sujet du fond mais indésirable en paysage,
  3. un temps d’exposition long va rendre plus ou moins flous les sujets en mouvements.

Que votre appareil photo soit manuel, automatique, semi-automatique, argentique, numérique, etc. ce sont les seuls paramètres contrôlés sur l’appareil photo. Toutes les autres fonctionnalités sont des gadgets : mode rafale, HDR, modes « scènes », modes semi-automatiques (priorité ouverture ou vitesse). Attention, ces gadgets ne sont pas forcément inutiles, ils peuvent vous simplifier la vie, notamment en faisant tout ou partie des réglages pour vous, mais ce ne sont pas eux qui font l’image et ils ne sont pas indispensables. 99,9 % des automatismes intégrés dans les appareils modernes ne font que calculer et optimiser les réglages d’exposition et de mise au point dans les conditions de prise de vue détectées. Pas de magie. Ces automatismes seront toujours moins bons qu’un photographe expérimenté car ils analysent une scène sur la base d’hypothèses et de cas de figure pré-programmés (paysage, portrait, scène de nuit, portrait de groupe, etc.) : ils ne sont donc pas plus intelligents que leurs concepteurs. Cependant ils sont infiniment plus rapides et réactifs pour choisir les réglages que n’importe quel humain. Utiliser un appareil photo en mode manuel ou en mode (semi-)automatique relève donc toujours du compromis entre le temps de réglage dont dispose le photographe et le degré de contrôle qu’il souhaite sur ses réglages. Exemples :

  • l’autofocus détecte les visages et tente de faire la mise au point sur eux. Si plusieurs visages sont présents à différentes distances de mise au point, ces visages ne pourront donc pas tous être nets, et l’autofocus va décider arbitrairement lesquels il va garder nets. Il est en pratique impossible de prédire lesquels seront nets ou non. C’est au photographe de forcer a mise au point au milieu du groupe et de fermer un peu plus son diaphragme pour avoir tout le monde net.
  • l’autofocus détecte le point le plus lumineux et/ou le plus contrasté de la scène et suppose qu’il est l’objet photographié. Il va donc faire la mise au point sur ce point. En portrait en basse lumière, si le sujet porte des bijoux brillants, la mise au point va être presque systématiquement faite sur le collier ou sur les boucles d’oreilles. C’est au photographe de forcer la mise au point sur les yeux.
  • le posemètre de l’appareil suppose que la moyenne des luminances d’une scène est une surface gris neutre avec 20 % de réflexivité (20 % de la lumière est réfléchie, 80 % est absorbée). Il va calculer l’exposition de sorte que ce gris neutre soit au centre de l’histogramme des luminances. Si plus de 50 % de votre scène est plus claire (high key : sujet blanc sur fond clair) ou plus sombre (low key : sujet noir sur fond sombre), la photo va être respectivement sous-exposée et sur-exposée. Le photographe devra alors utiliser la compensation d’exposition pour tenir compte de l’écart entre les hypothèses sur lesquels reposent les algorithmes de l’appareil photo (qui ne sont pas validées ici) et la réalité.

Il est donc crucial de comprendre sur quelles hypothèses reposent les automatismes de l’appareil qu’on utilise pour pouvoir prédire les cas où il va être mis en défaut. Et de comprendre que, quel que soit le degré de perfectionnement de l’appareil photo, on en revient toujours aux 4 paramètres de base, donc tous les appareils photo fonctionnent de la même manière. Ce qui change, ce sont les étapes qu’on ajoute entre les réglages de base et l’utilisateur.

Numérique ou argentique ?

Le numérique a supplanté en nombre d’utilisateurs l’argentique depuis les années 2000. La vraie raison est que le traitement d’une photo numérique est plus rapide, plus souple et plus simple que celui d’une photo argentique, surtout dans un contexte de réseaux sociaux où l’image voyage à la vitesse de l’information digitale. De plus, la sensibilité d’un capteur numérique est réglable alors qu’une fois que vous avez chargé de la pellicule 400 ISO dans votre appareil argentique, vous êtes bloqué à 400 ISO pour les 24 à 36 prochaines photos. Cependant, ce succès est souvent mal interprété : le numérique aurait un coût de revient prétendument inférieur à celui de l’argentique. Pas besoin de faire développer ses films, donc a priori c’est moins cher, surtout qu’on n’a pas besoin de faire développer ses mauvaises photos. Or j’ai calculé dans cet article que, en considérant tout l’équipement requis par le numérique (ordinateur, écran de bonne qualité voire écran photo, logiciels de retouche, disques durs et cartes mémoire) et la durée de vie inférieure des appareils photo numériques par rapport à leurs cousins à pellicule, le prix d’une photo argentique est sensiblement le même voire inférieur à celui d’une photo numérique (incluant le développement). Par exemple, si je prend mon Nikon D5300 (900 €) avec Photoshop (120€ / an), sur 5 ans, le coût de revient est de 1500 €.

En revanche, si je prends le Nikon FM (70-90 € d’occasion), avec un très bon scanner de films 35 mm (300 €) et le logiciel de numérisation professionnel Silver Fast SE Plus (80 €), j’arrive à 450 €, soit 1/3 du budget total numérique et 56 % du prix d’un boîtier numérique. Le prix total du rouleau de pellicule 36 poses N&B étant de 14 € (achat + développement), avec les 1000 € économisés sur 5 ans, je peux acheter et développer 71 rouleaux soit 2556 photos, soit 511 photos par an.

En moyen format, un appareil de type Mamiya RB67 se trouve aujourd’hui au prix d’un réflex d’entrée de gamme (250 à 400 € contre 29 000 € pour son équivalent numérique – boîtier nu) et se scanne facilement à 16 mégapixels effectifs (66 mégapixels réels) avec des scanners d’entrée de gamme (moins de 250 €). Pour mémoire, les écrans 4K et UHD n’affichent que 8.3 à 8.8 mégapixels, et 16 mégapixels permettent un tirage professionnel de 36×31 cm. En laboratoire, sur les scanners professionnels, le moyen format peut se scanner à 66 mégapixels effectifs sans problème. Cet appareil entièrement modulaire (comprendre : entièrement démontable) est donc facile à réparer et à faire évoluer. En moyen format, l’option argentique coûte 25 000 € à 40 000 € de moins que la numérique, soit le coût HT d’achat + développement + numérisation HD de 966 à 1545 rouleaux de film, soit environ 10 000 à 18 000 photos.

Si l’on considère qu’on fait plus attention à ce qu’on photographie en argentique et que, de plus, la durée de vie d’un appareil manuel excède les 40 ans (contre 5 à 10 ans pour un numérique), suivant les usages et le niveau du photographe, l’argentique peut donc revenir moins cher. Par expérience, le taux de rejet que j’obtiens en argentique est d’environ 5/6 contre 96/100 en numérique.

Nombreux sont les jeunes photographes amateurs chevronnés ou professionnels qui, ayant commencé la photo à l’ère numérique (après 2002/2004) sont passés à l’argentique en partie ou en totalité dans les années 2010. En effet, le rendu visuel de la pellicule est unique et difficile à imiter en numérique (même si des logiciels de retouche coûteux , comme Silver Effects, simulent très bien le film), et la plage dynamique des capteurs numériques (d’appareils à 3000 € et plus…) commence à peine à rivaliser avec la plage dynamique de la pellicule photo.

En outre, le processus de réalisation d’une photo argentique impose plus de réflexion et de temps que le numérique, ce qui permet aux jeunes photographes de retourner aux sources de la photo et d’apprendre à faire des images “à la dure”, sans les assistances et sans les gadgets modernes. Pour beaucoup, cette méthode de travail plus lente est aussi plus radicale et constitue en elle-même une approche de l’image différente de l’afflux massif et constant d’images “mainstream”. Le choix d’un appareil photo numérique ne va donc pas de soi car le film a encore sa place, et si les jeunes se mettent à l’argentique et que les vieux y retournent 10 après la révolution numérique (y compris et surtout chez les pros), ils ont de bonnes raisons.

En dehors du réflex : technologies d’imagerie

Les réflexs se sont imposés pour leur polyvalence et leur facilité d’utilisation quotidienne, mais d’autres types d’appareils existent, visant des usages plus spécifiques. Je vous propose de faire un tour d’horizon des types d’appareils photos.

Les “point and shoot” ou compacts

Appareils à objectif fixe, ils se divisent en deux catégories : les compacts (à gauche, un Canon Powershot) et les bridges (à droite un Panasonic Lumix). Les compacts se veulent simples et facile à utiliser, riches en automatismes et en fonctions récréatives (filtres, etc.). En retour, ils ne permettent que peu de contrôle manuels et laissent peu de liberté à l’utilisateur. Ce sont les appareils de ceux qui veulent “juste des photos”, sans avoir à se soucier de la technique et sans véritable but artistique. Recommandés pour vos photos de vacances et vos repas de famille, mais pas d’avantage. Les bridges quant à eux font le pont avec les réflexs, embarquent des zooms plus conséquents et stabilisés, et offrent souvent plus de contrôle à l’utilisateur : format d’image RAW, exposition manuelle, etc. Tous ont cependant un même défaut, qui fait leur prix abordable : un capteur de petite taille, donc peu sensible à la lumière et à la couleur. Couplé à des optiques de qualité médiocre à correcte, on s’oriente vers de la photo souvenir. Chez les photographes pros, il n’est pas rare que certains utilisent des compacts comme appareil “de tous les jours” qu’ils vont traîner au fond de leur poche en permanence pour être sûr de ne manquer aucune photo. Cependant, il connaissent leur limites.

Les télémétriques

Appareils à objectifs interchangeables, dont les plus célèbres sont les Leica M (à gauche), où la visée se fait par un viseur optique séparé de l’objectif et la mise au point par un système de collimation double. Leur avantage est d’être très petits pour une qualité d’image excellente, et notoirement silencieux donc particulièrement adaptés à la photo de rue qui demande de la discrétion. Cependant, la visée se faisant à l’extérieur de l’objectif, suivant la focale utilisée le cadrage vu dans le viseur ne sera pas le même que celui de l’image réalisée et il faudra alors corriger la parallaxe en fonction de la focale de l’objectif. L’utilisation d’un télémétrique demande une certaine habitude. Appareils fétiches de Cartier-Bresson, Capa, Doisneau etc., ils sont entrés dans la légende à cause de leurs utilisateurs renommés. Si leur ratio encombrement/qualité est excellent, la mise au point est toujours manuelle ce qui les destine à un usage réfléchi et maîtrisé. En pellicule ou en capteur, leur format standard est 24x35mm.

Les moyens formats

Qu’il s’appelle Rolleiflex, Hasselblad, Pentax, Mamiya etc. le moyen format se distingue par la taille de sa pellicule ou de son capteur : de l’ordre 6×6 cm en argentique, et de 5×4 cm en numérique huaut de gamme, soit une image vraiment très définie, avec une haute sensibilité à la lumière et à la couleur. La visée se faisait originalement sur un verre dépoli par le dessus de l’appareil (visée de poitrine – à gauche), sur des boîtiers à objectifs fixes. Aujourd’hui à objectifs interchangeables et équipés de dos numériques ou argentiques (à droite), ils permettent toujours de larges agrandissements. Leur avantage est l’extraordinaire qualité d’image qu’ils permettent, avec une netteté remarquable couplée à des transitions de tons très délicates. Ils sont dédiés à ceux qui veulent une qualité sans compromis. Cependant, gros, lourds, dotés d’autofocus lents, de sensibilités relativement basses et surtout très chers (plusieurs dizaines de milliers d’euros), ils sont utilisés principalement en studio dans le milieu de la mode et du luxe.

Les grands formats

00T8hA-127277584 Devenus anecdotiques mais toujours utilisés en photo d’art, les appareils grands format (chambres noires) n’ont pas disparu pour autant, tout simplement parce que leur qualité d’image reste inégalée mais que leur utilisation exempte de tout automatisme les met hors de portée de photographes non qualifiés. En effet, ils utilisent des films ou des plaques de 10×12 cm jusqu’à 20x25cm (voire plus sur des fabrications spéciales), pour des images hallucinantes de précision et de détails, particulièrement adaptées aux tirages grand format sans grain et au tirages contact (sans agrandissement). Ils permettent un contrôle très fin de l’image, de la perspective (par décentrement et rotation de l’objectif – le tilt-shift est nativement intégré) et de la profondeur de champ. Ils sont malheureusement lourds (minimum 5 kg), encombrants, longs à mettre en œuvre (imposent l’utilisation d’un trépied lourd et robuste) et coûteux à l’usage (en moyenne 4 €/image sur du 10×12 cm, 9 à 15 €/image en 20x25cm, hors frais de développement). Ces appareils sont toujours fabriqués, notamment par Arca-Swiss (ci-dessus un format 20×25 cm moderne) ou Linhof, et s’achètent neufs entre 5000 et 10 000 €. Les pellicules qui vont dedans sont également toujours en vente, le problème étant aujourd’hui de trouver un tireur pour les développer. Ceci étant, le public cible de genre de matériel préférera la plupart du temps assurer le développement lui-même. Ces appareils font des merveilles en photo de paysage, d’architecture et en portrait. Ils étaient utilisés notamment pour les photos de mode des magazines Vogue par des photographes comme Horst ou Avedon. Exemples :

Les réflexs

Les réflexs tirent leur nom de leur système de visée via l’objectif par un système de miroir et de pentaprisme. Ils sont facilement reconnaissables à leur bosse, située sur le dessus du boîtier (en face du viseur), qui contient le prisme de visée. Ce prisme est leur principale faiblesse puisqu’il n’est pas miniaturisable mais aussi leur force puisqu’il permet de faire le cadrage et la mise au point en visant à travers l’objectif. Leur popularité vient de leur viseur « What You See Is What You Get », plus pratique que le viseur des télémétriques, associé à leur encombrement raisonnable, plus pratique que les Rolleiflex, et au format économique de la pellicule 35 mm. Leur polyvalence en a fait le standard des professionnels et des amateurs depuis 40 ans, et on en trouve à tous les prix pour tous les usages. Il existe deux tailles standard de capteur pour les réflexs numérique : le plein format (24×32 mm), exactement similaire aux pellicules argentiques (vous noterez que le “plein format” est quatre fois plus petit que le “moyen format”, la dénomination est trompeuse), ou le APS C ou H (25X16,7 mm), moins cher mais moins performant en basse lumière.

Les “mirrorless” ou hybrides à objectifs interchangeables ou compacts à objectifs interchangeables (COI)

Les mirorless numériques ont tout du réflex, à une exception près : ils sont dépourvus de viseur optique. En effet, la visée optique prend de la place dans le boîtier car elle nécesite un miroir, un prisme et un dégagement optique pour laisser passer la lumière. En les supprimant, on économise en encombrement et en poids. La visée se fait alors de façon entièrement numérique via le capteur, par l’écran arrière ou par l’écran du viseur. Classe d’appareils photo apparue dans les années 2009-2010, les premiers modèles étaient initialement dotés de capteur micro 4/3 de petite taille. Aujourd’hui, la norme est plutôt au format APS et au plein format 35 mm. Des moyen format mirorless ont même été introduits par Hasselblad et Fujifilm en 2016. On obtient alors des performances optiques similaires aux réflexs, dans un boîtier plus petit et plus léger mais plus consommateur de batterie qu’un réflex car l’écran doit être allumé en permanence. De plus on leur reproche aussi leur autofocus beaucoup plus lent que sur les réflexs qui les destine plutôt au portrait ou à la photo de rue, mais moins au reportage et au sport. Leur miniaturisation engendre aussi un surcoût par rapport aux réflexs, à performances égales. Beaucoup de photographes (pros) de rue ou de studio sont en train de migrer du réflex au mirrorless (soit vers les Fuji X soit vers les Olympus OM-D), car ceux-ci sont plus petits, plus faciles à emporter partout et donc plus “fun” à l’usage, surtout que leur ergonomie à l’ancienne (boutons d’exposition et d’ouverture) les rapproche d’une expérience photo plus brute et plus proche de l’argentique.

Le meilleur appareil pour vous

Chaque classe d’appareils a ses spécialités, ses forces et ses faiblesses. La meilleure qualité d’image provient des appareils les plus gros, car une surface photosensible plus large (capteur ou pellicule) signifie plus de détails, plus de finesse dans les transitions tonales, un bokeh plus progressif et surtout plus de lumière capturée. Mais un gros appareil n’est pas toujours possible ni souhaitable : en voyage, quand vous souhaitez vous faire discret, ou simplement pour protéger votre dos ou ne pas vous encombrer. Il faut lors faire un compromis sur les qualités optiques au profit de l’utilisabilité.

Soyons clair : comme tout client, vous voulez une qualité au top pour une facilité d’utilisation au top, un poids plume et un prix dérisoire. Ça ne marche pas comme ça. Le meilleur appareil photo pour un photographe de studio n’est pas le meilleur pour un reporter de guerre, le meilleur pour un paysagiste n’est pas celui pour un photographe de rue. Et même dans la même discipline, d’un photographe à l’autre, suivant les styles de prise de vue, le meilleur appareil photo ne sera pas le même. Lorsque vous regardez les tests d’appareils photo réalisés par la presse généraliste (et même spécialisée), les testeurs classent les appareils indifférement de leur spécialité ou de leur segment cible et trompent le lecteur en suggérant qu’un appareil photo devrait être ausi bon en paysage, portrait, photo de nuit, etc. J’ai 5 appareils photo : les 4 ci-dessus et celui qui a servi à prendre la photo. L’appareil que j’ai tous les jours dans mon sac n’est pas celui que j’utilise en mariage, ni celui que j’utilise en portrait posé. Le bon outil pour le bon usage. Commencez par vous demander quel genre de photos vous voulez faire en priorité : à partir de cet usage vous déterminerez les fonctionnalités qui vous seront primordiales, puis puis celles qui vous seront utiles, puis celles dont vous pourrez vous passer. Dans l’absolu, il est possible de faire n’importe qul type de photos avec n’importe quel type d’appareil : tout ce dont vous avez vraiment besoin est un moyen de faire la mise au point, de régler le temps d’exposition, l’ouverture du diaphragme et la sensibilité. Mais certains appareils vont vous simplifier la tâche dans certaines conditions.

Ensuite, il y a l’ergonomie. Chaque marque d’appareils photo a une logique d’utilisation propre, une certaine organisation des boutons, des menus, une ergonomie particulière. À titre personnel, l’ergonomie des Canon me sort par le nez et je préfère les Nikon. Pour beaucoup de gens (surtout les débutants), c’est l’inverse. De même, bien qu’ayant des petites mains, je préfère les appareils assez gros avec une poignée bien creusée qu’on peut tenir à pleine main sans crisper les doigts (et j’habite au Canada, donc j’utilise mes appareils avec des gants 4 mois par an). D’autres personnes préfèreront un appareil petit qui tient dans la poche.

Enfin, j’ai plus de fun avec des appareils argentiques qu’avec des numériques. Le numérique est rapide, instinctif, efficace, net. L’argentique est lent, réfléchi, artisanal, texturé. Chacun son niveau, chacun ses goûts, chacun ses priorités, chacun son budget.

Il n’y a pas d’appareil meilleur qu’un autre de façon absolue. Il faut prendre des distances avec les tests « d’experts » qui ne photographient que des scènes de test en laboratoire. Il y a des appareils qui satisfont mieux vos besoins personnels que d’autres.

Boîtier pro ou amateur ?

Il existe une confusion autour du concept de « pro » dont l’usage galvaudé désigne tour à tour des compétences sérieuses, une activité lucrative, ou une exigence de fiabilité et de qualité vis à vis du matériel… Il faut d’abord préciser que tous les usages pros ne se valent pas et que le pro du mariage n’a pas les mêmes besoins que le pro de la compétition hippique. Le point commun de tous les pros est qu’ils cherchent généralement plus de contrôle et plus de fiabilité.

Cependant, le photographe de studio pourra s’accomoder de presque tous types de boîtiers à commande manuelle, puisqu’il maîtrise toutes les conditions d’éclairage, alors que le photographe de rue recherchera à tout prix un appareil discret et rapide, le photographe de mariage un appareil capable d’encaisser une large plage dynamique même en basse lumière (comprenez : dans une église), et le reporter de sport ou d’actualité un appareil à autofocus ultra-rapide bardé d’automatismes. Certains, comme les photographes d’art, rechercheront plutôt des transitions tonales douces et la capacité à réaliser des très larges agrandissements, s’orientant alors plutôt vers la chambre noire et le moyen format, dont l’encombrement et le poids sont inconcevables pour le commun des mortels. Donc – enfonçons le clou – « pro » c’est juste une étiquette marketing qui ne veut rien dire en soi. Il y a autant d’usages que de photographes. D’ailleurs, certains pro n’hésitent pas à préférer des appareils amateurs juste parce qu’ils sont plus discrets ou qu’ils ont mal au dos. De même que de nombreux professionnels avouent préférer des appareils photos énormes (sans considération pour ce qu’ils ont dans le ventre) qui leur donnent plus de crédibilité auprès de leurs clients.

Avant d’aller plus loin, entendons-nous sur le concept de boîtier réflex “amateur” parce que celui-ci va revêtir une certaine importance. Les fabricants d’appareils photos – Nikon, Canon, Pentax, etc. – divisent leurs catalogue en gammes, sur des critères essentiellement budgétaires et fonctionnels. Les appareils dits “amateur” d’aujourd’hui récupérent les fonctionnalités des appareils professionnels d’hier, ce qui fait que le bas de gamme d’ajourd’hui tutoie le haut de gamme d’hier. Mais la séparation des gammes est purement subjective et relève du marketing, c’est pourquoi on n’y accordera aucune importance. Concernant l’évaluation des appareils photos, les laboratoires (français) DXO font figure de référence, en soumettant tous les objectifs et tous les boîtiers à des essais et mesures rigoureux et impartiaux, publiés sur le site DXOMark.com. S’il ne faut pas exagérer le résultat des ces tests pour préjuger du potentiel artistique du matériel photographique actuel, ils permettent néanmoins de fournir un étalon fiable et objectif pour comparer les différents appareils entre eux, bien plus que les différents tests de pseudo experts des revues photo. Et que nous apprennent ces résultats ? (Source : DXO – date : 4 octobre 2016).

  1. sur le plan purement optique, les meilleurs capteurs sont ceux des boîtiers Nikon et Sony, qui sont en réalité tous fabriqués par Sony : 23 appareils sur le top 30,
  2. dans le top 30, deux sont des APS-C estampillés « amateur-expert », le reste étant des plein format ou des moyen format,
  3. 11 appareils du top 30 sont sortis avant 2013,
  4. les plein-format les plus chers (> 5000 €), sont respectivement 18e, 20e, 22e, 23e et 25e.
  5. la plus basse note (optique donc) du top 30 est à 87/100,
  6. les APS-C « amateur – moyen de gamme» Nikon, Sony et Samsung obtiennent des notes de 87/100 à 83/100 (Nikon D7200, D7100, D5200, D5300, D5500, Samsung NX1, NX500, Sony A6300) qui les classent dans le top 43,
  7. … devant le Nikon D3S, prédécesseur du D4 chez les pros (2009 – 5500 $), à 82/100 et les Leica Q et M à 85 et 84/100 (4250 $ et 6950 $)

Avertissement : Les notes données par DXO représentent la combinaison de plusieurs paramètres. Ce mode de classement va favoriser des appareils homogènes (montée en ISO, profondeur de couleur, plage dynamique) et défavoriser des appareils aux performances très spécifiques : par exemple le fait que le Phase One IQ 180 soit seulement à 91/100 vient du fait que sa montée en ISO est assez médiocre (900 ISO à 30 dB de SNR) et sa plage dynamique un peu en retrait pour l’époque (“seulement” 13.6 EV à 100 ISO), ce qui ne pose pas de problème réel car ce type d’appareil moyen format est dédié à un usage en studio où la sensibilité utilisée ne dépasse presque jamais 400 ISO et où la plage dynamique utilisée dépasse rarement 6EV. Dans ce contexte, sa profondeur de couleur (26.5 bits) le classe premier. Ce banc d’essai ne tient pas compte non plus des fonctionnalités, de la réactivité, de l’autofocus ou de l’autonomie de l’appareil et élimine les appareils Fujifilms dont la technolgie de capteur exotique est incompatible avec les bancs d’essais DXO.

Moralité :

  1. Les capteurs des boîtiers amateurs récents (2012-2016) sont meilleurs que ceux des boîtiers pro sortis en 2009-2010.
  2. Les capteurs des boîtiers amateurs sont immédiatement derrière les boîtiers semi-pro et pro, bien que 5 à 8 fois moins chers.
  3. Canon est à la traîne, et classe seulement 3 boîtiers dans le top 30 (14e, 23e, 28e)
  4. Les boîtiers amateurs font potentiellement d’aussi belles photos que les pro.
  5. La qualité optique des meilleurs capteurs numériques a égalé la pellicule argentique.

La qualité de l’image dépend de la qualité optique de l’objectif utilisé et du capteur. Mais en 2016, la qualité des capteurs récents est identique ou très comparable, dans des conditions courantes (photo de jour, portrait et paysage), quelle que soit l’étiquette “pro”, “amateur”, ou “amateur expert”. Voir ce test, qui compare les mêmes photos réalisées avec le Nikon D3300 (450 €) et le D810 (3000 €). Les différences de rendu d’image sont imperceptibles dans la plupart des cas. Les différences se creusent dans des conditions particulières et spécialisées : en basse lumière (événement de nuit, scène de spectacle/concert), en photo de sujet mouvant (athlétisme, sports automobiles) ou en fort contraste (paysage ou portrait en contre-jour).

Si la qualité d’image reste comparable entre 400 € et 5000 €, la différence se fait alors sur les fonctionnalités du boîtier : solidité, étanchéité, fiabilité, rapidité, accès direct aux réglages, assistances et automatismes, niveau de précision des réglages. Un appareil pro va par exemple bénéficier :

  • d’un horizon artificiel (utile en paysage pour avoir la ligne d’horizon vraiment horizontale),
  • d’un bouton de prévisualisation de la profondeur de champ (utile pour valider que tout le monde est net avec le réglage de diaphragme choisi),
  • d’une option de micro-ajustement de l’autofocus (plus besoin de renvoyer un objectif déréglé au SAV, il suffit d’entrer une correction dans le logiciel de l’appareil),
  • d’un débrayage complet de tous les automatismes (vous décidez lesquels vous souhaitez utiliser et vous pouvez limiter leur champ d’application),
  • d’une synchronisation flash haute vitesse (utile en portrait en contre-jour, lorsque vous voulez éclipser le soleil avec un flash : les appareils amateurs sont limités à 1/200e s.)
  • d’une seconde carte mémoire, permettant d’avoir vos photos en deux exemplaires en cas de corruption d’une des deux cartes (si ça ne vous est jamais arrivé, shootez plus),
  • d’une tropicalisation (étanchéité améliorée à la vapeur et à la poussière),
  • etc.

Si vous ne comprenez pas ces fonctionnaltés, c’est que vous n’en avez pas besoin. Ce sont des gadgets dont on peut se passer, mais qui peuvent aussi vous simplifier considérablement la vie.

Critères de choix

L’autofocus

Le D4S, le D7100 et le D800, sont équipés du même autofocus continu à 51 collimateurs, alors que le D5300, le D750 et le D610 n’en ont que 39. Sauf que ceci ne veut rien dire en tant que tel. En effet, il faut voir quelle est la portion d’image couverte par ces collimateurs (en général moins de 75 %), ce qui signifie que dans tous les cas l’autofocus est incapable de faire la mise au point sur un sujet situé au bord de l’image. De plus, il faut voir aussi combien de ces collimateurs sont en croix (en général, seulement les 5 au centre) car ceux-ci sont beaucoup plus précis, et qu’on aura intérêt à utiliser seulement ceux-ci (en faisant la mise au point avec le sujet au centre de l’image puis en recadrant avant de déclencher). Donc en pratique, on n’utilise guère que les collimateurs centraux, ce qui fait qu’un nombre étourdissant de collimateurs relève plus du marketing que d’un réel avantage pratique. Le vrai paramètre critique est la rapidité de l’autofocus, qui dépend de différents paramètres, comme la puissance du processeur interne, le moteur d’autofocus et l’objectif utilisé. Une autre différence est la capacité à faire la mise au point sur des sujets moins éclairés que la scène générale : les appareils pro et amateurs expert parviennent à faire la mise au point jusqu’à -4 EV (écart de luminosité entre le sujet et l’arrière-plan) alors que dans les gammes amateurs, on ne dépasse pas -2 EV. Pour compenser cette limites, tous les boîtiers Nikon disposent d’une lampe d’assistance AF, mais ce n’est pas systématique chez Canon, par exemple.

L’électronique

En général, tous les appareils d’un même constructeurs sortis la même année utilisent le même processeur, peu importe leur cible marketing. Ainsi, le D4S, le D5300, le D750, le D610 et le D810 (sortis entre 2014 et 2015) utilisent tous le processeur Expeed 4. Pas de différence de ce côté là. En revanche, la taille et la vitesse du buffer peuvent changer drastiquement l’usage de l’apareil photo. Le buffer est une mémoire tampon, beaucoup plus rapide que la carte mémoire, qui sert à stocker les images (par exemple, lorsqu’on prend une rafale) en attendant de les vider dans la carte mémoire. Ainsi, le D4S peut capturer des rafales de 11 images/s en continu, alors que le D5300 peut seulement prendre 5 images/s et doit s’interrompre 2 sec une fois que le buffer est plein, avant de shooter la rafale suivante. Précisons que le D5300 a une résolution de 24 Mpx alors que D4S a “seulement” 16 Mpx. À méditer avant de se lancer dans la photo de sport…

Le viseur

Il faut bien admettre, surtout quand on a goûté aux viseurs ultra-larges des vieux réflex argentiques, que les viseurs des appareils amateurs (surtout au format APS) sont petits, et disposent d’un faible grossissement. De plus, il couvrent seulement 85 à 95 % du champ optique, ce qui signifie que le cadrage vu est plus petit que le cadrage de l’image réelle. Cela peut poser de vrais problèmes pour faire la mise au point à la main (sur de vieux objectifs par exemple). Cet obstacle peut être contourné en utilisant la visée écran, mais au prix d’une décharge de la batterie beaucoup plus rapide et d’un ralentissement de l’appareil. A contrario, les appareils pro (plein-format) offrent généralement une couverture viseur de 100 % plus confortable et plus clair, avec des prismes et des verres de visée de meilleure qualité.

Les contrôles

L’utilisation pratique d’un appareil photo n’a rien à voir avec son capteur. Le professionnel se doit d’être réactif, notamment dans un contexte de reportage. L’amateur, moins. En terme d’ergonomie, les boîtiers pro ont plus d’options et ces options sont généralement accessibles directement sur le boîtier, via des boutons, ce qui permet de manipuler l’appareil rapidement et à l’aveugle en gardant l’oeil dans le viseur. Sur le boîtier amateur, on devra fouiller des menus et sous-menus via l’écran de l’appareil, ce qui est moins efficace mais plus convivial quand on n’y connaît rien. De plus, le boîtier amateur étant plus petit, cela laisse moins de place pour des boutons. Le boîtier pro possède d’avantage d’options et de contrôles, comme la synchronisation flash haute vitesse, la commande de flash sans fil avec synchro TTL, des modules wifi et GPS, des moteurs autofocus sur le boîtier (pour bénéficier de l’autofocus sur de vieux objectifs non motorisés), un viseur plus lumineux de 100% (utile pour la mise au point manuelle), un bouton de prévisualisation de la profondeur de champ, un autofocus ultra-rapide, etc. Beaucoup de gadgets pas nécessairement utiles pour tout le monde mais de nature à simplifier la vie de quelqu’un qui shoote beaucoup.

La coquille

L'entrée de gamme comparée au super pro de Nikon - © Camerasize
L’entrée de gamme comparée au super pro de Nikon à la même échelle. Ça ne fait pas le même effet dans un sac à dos, en fin de journée. – © Camerasize

En terme de conception, les boîtier pros sont quasiment tous équipés d’un châssis en magnésium, relativement léger, beaucoup plus robuste que les châssis plastiques des amateurs (quoique de plus en plus de boîtiers soient en composites), mais également très coûteux. Ils sont de plus tropicalisés, c’est à dire étanches à la poussière et à la vapeur d’eau, pour une utilisation “tous temps” exigeante. Leur batteries ont souvent une meilleure autonomie, mais sont donc plus grosses et plus lourdes. Si un boîtier amateur pèse moins de 650g, un boîtier pro approche le kilogramme (sans objectif), avec un encombrement plus conséquent qui vous fera hésiter à l’emmener en voyage à moins d’être vraiment passionné.

Les mêmes vus de dos - © Camerasize
Les mêmes vus de dos. On parlait de boutons… – © Camerasize

Conclusion intermédiaire

Quand on achète un boîtier pro, on achète plus de contrôle et de fiabilité. Par contre, on ramasse de l’équipement plus gros, plus lourd, moins discret et plus cher. À vous de voir si le supplément d’efficacité vaut le supplément de budget et d’encombrement dans votre cas. Il y a une chose qui ne se discute pas, cependant, c’est l’ergonomie. La facilité d’utilisation, la logique des menus, la disposition des boutons, la forme de la poignée, etc. Ceci est au moins aussi important que les performances optiques de l’appareil et dépend essentiellement de l’utilisateur. Il faut donc relativiser la fiche technique, car le meilleur outil est celui que vous maîtrisez le mieux. De plus, le plaisir d’utilisation a aussi son rôle à jouer. Après mon premier shooting argentique avec un appareil 100 % manuel et mécanique (sans assistance électronique), j’ai découvert le plaisir difficile à décrire de faire mes images moi-même, en prenant le temps, malgré le fait que c’est probablement la façon la plus lente et la moins efficace de faire des images. Tout ne peut pas se résumer à la fiche technique.

Comment choisir ?

Pour vous aider dans un choix rationnel, on peut donc identifier quelques critères à vérifier successivement :

  1. votre budget, en sachant que mieux vaut économiser sur le boîtier que sur les objectifs
  2. votre niveau en photo et votre maîtrise technique, actuels et futurs, qui va conditionner le niveau de contrôle autorisé par l’appareil :
    1. débutant sans désir d’apprendre (photo souvenir),
    2. débutant souhaitant apprendre mais sans projet précis (photo générale),
    3. débutant avec projet spécifique (portrait, paysage, reportage),
    4. amateur confirmé ou professionnel avec projet spécifique,
  3. votre usage, qui va conditionner les caractéristiques techniques de l’appareil :
    1. rue ou studio ? (conditionne le poids du boîtier, son encombrement, la tropicalisation) *
    2. en lumière normale ou faible ? (conditionne l’ISO max exploitable du capteur)
    3. en lumière naturelle ou en strobisme, avec plusieurs flashs ? (conditionne la capacité à utiliser le flash intégré de l’appareil pour commander des flashs esclaves, et la synchronisation flash haute vitesse)
    4. en photo de portrait ou en photo sportive ? (conditionne la rapidité des rafales, la vitesse de l’autofocus, la rapidité d’accès des réglages de l’appareil via les boutons ou via les menus)
    5. seulement pour la photo ou un peu (beaucoup) pour la vidéo ? (conditionne le nombre d’image par seconde en mode vidéo, la présence et la performance de l’autofocus continu, etc.)
    6. pour quelques heures ou pour toute la journée (condition la capacité de la batterie, la possibilité d’ajout de poignée externe, etc.)
  4. la prise en main de l’appareil : on n’y pense pas forcément, mais de petites mains sur un D800 fatigueront aussi vite que de grosses paluches sur un D3300. La taille de la poignée et la disposition des boutons sont des critères importants pour qui shoote beaucoup.
  5. la marque préférée de vos amis : un petit détail, mais si tous vos amis sont Canon, choisir un Canon permettra les échanges/revente de matériel, d’accessoires et surtout de bons conseils.

* : l’encombrement du boîter n’est pas à négliger quand on sait que de plus en plus de professionnels s’équipent d’hybrides à objectif interchangeables pour leurs loisirs et voyages (surtout chez les plus de 40 ans…), afin d’avoir à éviter de transporter leur monstre partout. De plus pour certaines applications, comme la photo de rue, il est préférable d’opter pour un boîtier discret afin d’éviter l’effet paparazzi.

Et l’ergonomie ?

Une chose que j’ai découverte à mesure que j’essayais différents type d’appareils photos est que le confort et le plaisir d’utilisation sont complètement séparés des performances techniques. Il peut y avoir une satisfaction à utiliser un appareil photo lent, inefficace, juste parce que l’expérience d’utilisation influe sur les images réalisées. Après avoir testé un Leica M10, j’ai compris pourquoi certains sont près à payer deux fois le prix d’un bon Nikon pour des performances techniques inférieures : l’ergonomie du Leica se concentre juste sur l’essentiel (ISO, vitesse, ouverture), évite les menus, et donne une expérience photographique minimaliste et très proche de l’optique, à la différence de la plupart des appareils photos modernes dont l’expérience est informatique et électronique. De plus, les objectifs Leica ont un je-ne-sais-quoi d’agréable, une sorte de netteté délicate qui donne des détails fins, de très belle teintes de peau et un bokeh délicat, tout ça dans un boîtier relativement petit et très silencieux. Je ne payerais pas 6500 € pour ça, mais je dois reconnaître que j’apprécie cette façon de faire des photos.

Et c’est ici que les données techniques, la course aux mégapixels, la netteté, etc. s’arrête. La photo n’est pas juste un résultat, c’est un processus de fabrication qu’il faut savoir apprécier. Et dans ce processus, l’outil et la façon de l’utiliser jouent un rôle crucial, impossibles à quantifier et exclusivement personnels. De nombreux photographes utilisent toujours de vieux appareils des années 1970-1980 parce qu’ils leurs suffisent et que leur absence de gadgets satisfont ces photographes. Fuji et Olympus se sont d’ailleurs remis à fabriquer des appareils numériques à l’ergonomie similaires à ces argentiques et rencontrent un franc succès. J’utilise moi-même un Nikon FM de 1978-80 avec plus de plaisir que mes numériques, et je l’utiliserais davantage si la pellicule était moins chère. Ce sont des approches différentes.

Le meilleur appareil photo est celui avec lequel vous êtes à l’aise. Et le nombre de pixels n’a aucun impact dans cette histoire.

Kit de démarrage

Si vous débutez, que vous souhaitez apprendre la photo à l’ancienne et comprendre comment faire des images, sans vous ruiner mais sans faire de compromis sur la qualité d’image, voici quelques recommandations.

Les Boîtiers

D5xxx
  1. D5300 : Sorti en 2013. Noté 83/100 par DXO. 41e au classement général.
  2. D5500 : Sorti en 2015. Noté 84/100 par DXO. 36e au classement général.

Légers (470g), petits mais néanmoins suffisamment définis pour pouvoir réaliser des tirages 60×40 cm à 300 dpi, leur qualité optique est étonnante couplés aux optiques recommandées plus bas. Ils permettent des photos de nuit de bonne qualité (presque sans bruit) jusqu’à 1300 ISO (D5300) et 1400 ISO (D5500) et jouissent tous deux d’une plage dynamique d’environ 14 EV à 100 ISO, soit l’équivalent de la pellicule argentique. Ils seront donc bons pour le portrait, le paysage et la photo de rue. Leur point faible est leur autofocus pas toujours fiable qui les disqualifie pour la photo de sport ou animalière.

D7xxx
  1. D7100 : Sorti en 2013. Noté 83/100 par DXO.
  2. D7200 : Sorti en 2015. Noté 87/100 par DXO.

Plus avancés en termes de fonctionnalités et de commandes sur le boîtier, leurs capteurs sont aussi un cran au dessus. Si le D7100 affiche des performances capteur globalement identiques au D5300, le D7200 se démarque par 2/3 d’EV supplémentaires (14.6 EV à 100 ISO) dans sa plage dynamique et une meilleure sensibilité à la couleur. Ses performances en basse lumière sont cependant identiques au D5500. Ce que DXO n’évalue pas, en revanche, c’est leur autofocus 51 points bien meilleur (capable de faire la mise au point à -3 EV) dans des boîtiers encore très légers (760g). Ils sont alors remarquablement homogènes, en portrait, paysage mais aussi en photo animalière et de sport (tant que la lumière reste suffisante).

Optiques

  1. 35 mm f/1.8 G DX : noté 26/50 par DXO avec le D7100. Netteté équivalente de 12 Mpx perceptuels. Poids : 200g.
  2. 50 mm f/1.8 G : noté 22/50 par DXO avec le D7100. Netteté équivalente de 14 Mpx perceptuels. Poids : 220g.
  3. 85 mm f/1.8 G : noté 30/50 par DXO avec le D7100. Netteté équivalente de 15 Mpx perceptuels. Poids : 690g.

Les objectifs à focale fixe F/1.8 offrent d’excellentes qualités optiques dans un encombrement réduit et un budget maîtrisé. Des ouvertures plus grandes (F/1.4) ne servent qu’à gagner un petit supplément de luminosité entraînant une perte de profondeur de champ qui les rend difficile d’usage : en portrait, si les yeux sont nets à F/1.4, le nez est déjà flou, ce qui ne pardonne aucun défaut de l’autofocus. Or l’autofocus de ces gammes d’appareils n’est pas des plus fiables, donc des ouvertures très grandes sont des paris risqués que le surcoût et le surpoids ne justifient pas.

Rapports qualité-prix

Cette section présente une analyse de prix automatisée (prix pratiqués par le magasin B&H Photo à New-York) en corrélation avec les performances optiques (notes attribuées par les laboratoires DXO). Elle a pour but de comparer la seule chose comparable : des mesures de performances optiques. Cette analyse ne prend pas en compte les performances de l’autofocus, l’ergonomie ainsi que les fonctionnalités du boîtier, de même que son poids, sa taille, son autonomie et la disponibilité des objectifs comparables et ne préjuge donc pas de la qualité globale des appareils. Les capteurs Fuji X-Trans sont exclus de ces résultats car leur technologie est incompatible avec le banc d’essai DXO. Les appareils retirés de la vente sont également exclus.

Les graphiques présentés ci-dessous sont générés par un programme informatique que j’ai écrit pour les besoins de cet article, qui recherche automatiquement les informations pertinentes sur Internet et effectue un traitement numérique des données avant de les tracer. Les graphes sont mis à jour environ 4 fois par an (nouveaux appareils photo et nouveaux prix). La masse de travail en amont de cet outil (le seul de ce genre à ma connaissance) étant importante, vous pouvez faire un don en bas de cette page s’il vous est utile.

Avertissement : les données de prix sont récupérées par rétro-ingénierie sur le moteur du recherche du site du marchand et ne sont pas vérifiées individuellement. Ce moteur de recherche est parfois instable, par exemple la recherche du Leica M9 renvoit vers le Leica M10 alors que le M9 n’est plus vendu et c’est donc le prix du M10 qui est affiché sous l’étiquette du M9. De même, la recherche d’un Nikon D610 boîtier nu renvoie comme premier résultat un D610 en kit avec un objectif, le prix est donc majoré. Assurez vous de vérifier précisément les prix des appareils photo qui vous intéressent avant de conclure, il m’est impossible de valider manuellement la centaine de références affichée ici.

Les graphiques sont interactifs et peuvent être zoomés. Pour savoir quel appareil photo est représenté par un point, il suffit de survoler le point désiré avec votre curseur. Les graphiques 3D peuvent être pivotés en faisant un cliqué-déplacé avec le bouton central de la souris (molette).

Plage dynamique : utile en paysage, c’est le contraste maximal que peut restituer le capteur sans perdre de détails dans les hautes et basses lumières à sa sensibilité minimale.
Profondeur de couleur : utile en portrait, c’est le niveau de finesse des dégradés de couleurs à la sensibilité minimale du capteur.
Sensibilité à 30 dB : utile en photo de sport, c’est la sensibilité maximale du capteur pour un niveau de bruit acceptable (SNR de 30 dB).

Performances optiques globales en fonction du prix – 2D

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Ce premier graphique affiche la note globale DXO en fonction du prix en dollars US actualisé. On observe une loi compliquée, basée sur une exponentielle corrigée. Les appareils sités trop loin de la moyenne sont pris en compte avec une importance inférieure (filtrage gaussien d’écart-type indiqué sur le graphe) afin de privilégier les appareils dans la tendance. La moyenne géométrique des prix et celle des scores DXO sont matérialisées en gris : on rappelle qu’une moyenne géométrique donne plus de poids aux prix élevés et aux notes élevées. La zone supérieure à la moyenne DXO contient les meilleurs appareils, la zone à gauche de la moyenne des prix contient les appareils les moins chers, le rectangle de l’optimum qualité-prix contient donc les appareils les moins chers ayant des performances similaires aux appareils les plus chers. Les appareils étant les plus éloignés au dessus de la courbe de tendance (en gris) sont les plus intéressants (appareils situés dans les zones verte et bleue et au-dessus). Les appareils à droite de la moyenne géométrique des prix sont sans intérêt pour le commun des mortels : trop chers pour leurs performances, leur prix est « justifié » par des fonctionnalités de pointe qui les destinent à des usages spécialisés. On observe que tous les prix sont disponibles pour les appareils situés au dessus de la moyenne des scores DXO : de 340 $ à 6600 $.

Les zones de qualités supérieure, inférieure, etc. ont chacune une hauteur d’un écart-type. Il est recommandé de choisir un appareil dans la zone bleue ou au-dessus (au moins un écart-type au-dessus de la tendance). On voit qu’à partir de 1200 $, les capteurs plein-format sont superposés aux capteurs micro 4/3 et APS.

3 marques sont systématiquement au-dessus de la tendance : Nikon (qui utilise des capteurs Toshiba et Sony) pour ses réflexs, Sony pour toute sa gamme à capteurs APS et plein format et Pentax. Canon ne classe que 3 appareils dans la zone supérieure (verte) et 1 sur la tendance. À prix équivalent, les réflexs Nikon sont systématiquement 5 à 15 points au-dessus des Canon, et les hybrides Sony, 8 à 20 points au-dessus.

Performances optiques globales en fonction du prix – 3D

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Ce graphe présente les performances optiques détaillées (ISO, plage dynamique, profondeur de couleur) en 3D avec une indication du prix sur la couleur des points. Un appareil homogène sera proche de la diagonale en gris. On observe que les appareils les plus chers (Leica, Canon 1DX, Nikon D5 et D4S) brillent du côté de la sensibilité et de la profondeur de couleur, mais possèdent une plage dynamique en retrait. Les meilleurs capteurs sont des Sony, soit montés dans les appareils Sony, soit dans les appareils Nikon (D810, D610, D750). Sans surprise, les capteurs les plus gros se classent en tête.

Performances optiques détaillées en fonction du prix

La régression utilisée est une loi de la forme [latex]y=a * ( 1- e^{-b x}) + c + d x[/latex] avec a, b, c, d des paramètres déterminés par la méthode des moindres carrés non-linéaire et l’algorithme de Levenberg-Marquardt. Vous pouvez ignorer ce paragraphe si vous ne le comprenez pas.

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Ce graphe est la projection en 2D du précédent.

Rapport qualité/prix en fonction du prix

Les rapports qualité/prix sont calculés en divisant les notes DXO globales par les prix actuels, puis sont normalisés pour les ramener dans un intervalle [0-100] où 100 représente le meilleur rapport qualité-prix et 0 le moins bon. Ces notes sont relatives et ne doivent être utilisées que pour classer les appareils. La régression utilisée est une loi de la forme [latex]y=a * ( 1- e^{-b x}) + c + d x[/latex] avec a, b, c, d des paramètres déterminés par la méthode des moindres carrés non-linéaire et l’algorithme de Levenberg-Marquardt. Vous pouvez ignorer ce paragraphe si vous ne le comprenez pas.

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Ce graphe montre les rapports qualité/prix en fonction du prix des appareils. Les meilleurs rapports qualité/prix sont les Nikon D3300 D3200, D3400, D5200, et les Sony A5000 et A5100, c’est à dire les appareils d’entrée de gamme sortis entre 2012 et 2015. Les pires rapports sont les appareils Leica. Après 2800 $, le rapport qualité/prix (optique) passe sous les 10 % ce qui marque des produits destinés à un public de niche aux besoins précis (et pas seulement optiques). Un amateur aura intérêt à privilégier des appareils dans la partie haute de la courbe.

Conclusion

Réflex pro ou réflex amateur, la différence ne se fait pas tant sur la qualité d’image que sur l’ergonomie du boîtier, sur les contrôles d’image et sur les fonctionnalités périphériques. Une photo professionnelle est réalisée d’abord avec une optique professionnelle, et ensuite par un photographe capable de maîtriser sa composition, sa lumière, de trouver un angle intéressant, de diriger son modèle, de post-traiter ses images avec goût et surtout d’utiliser son boîtier au maximum de ses possibilités. Il n’y a pas d’appareil meilleur qu’un autre dans l’absolu. On dit souvent en ingénierie que le meilleur produit, c’est celui qui est adapté à vos besoins. Il convient donc de les identifier… Et s’il faut encore vous en convaincre, allez sur Flickr voir les meilleures photos prises avec un D3100 et avec un D5300. Avec un peu de maîtrise, il y a quand même du potentiel.

En Anglais : comparaison entre les photos prises avec un boîtier amateur équipé d’une optique pro et celles sorties d’un boîtier pro avec une optique bas de gamme.

En résumé

  1. Choisissez votre boîtier réflex en fonction de ses fonctionnalités et de son prix, pas en fonction de sa gamme ou de sa qualité supposée : tous les boîtiers récents sont de très bonne qualité.
  2. Dans des conditions courantes, un boîtier amateur récent ou un boîtier pro donnent les mêmes résultats. L’écart se creuse en basse lumière (photo de nuit, de concert, de mariage) et lors de la mise au point sur des sujets mobiles (photo de sport et animalière).
  3. Ce qui fait une photo professionnelle, c’est l’optique utilisée et le professionnel qui la réalise. Le boîtier en lui-même est secondaire et penser qu’un meilleur appareil fera de meilleures photos est une erreur de mauvais photographe.
  4. Investissez en priorité dans des optiques de qualité car l’objectif est responsable à 80% de la qualité de l’image. Au besoin, économisez sur le boîtier pour mettre plus d’argent dans un bon objectif.
  5. Si vous avez besoin de matériel pro, vous savez pourquoi. Sinon c’est juste un caprice dispendieux.

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2017-12-02T12:42:43+01:0010 juin 2014|Catégories : Astuces|11 Commentaires

À propos de l'auteur :

J'écris parce que ça m'aide à réfléchir. Je publie pour que ça serve. Spécialiste calcul et modélisation thermodynamique chez Cellier Domesticus. Photographe. Pianiste. Développeur spécialisé en Python pour le calcul et la modélisation. Auteur de bouquins et de blog sur les sciences et la technologie. Expériences précédentes dans la fonction publique territoriale, les moteurs électriques industriels, les voitures solaires en fibre de carbone et le non-sens académique (maths sup, DUT).

11 Comments

  1. Kot 8 avril 2017 à 10 h 29 min - Répondre

    excellent, merci.

  2. Magali 2 septembre 2017 à 14 h 31 min - Répondre

    Impressionnant, très beau travail, merci

  3. TheMrCzi 23 janvier 2018 à 13 h 25 min - Répondre

    Si j’avais vu ça avant d’acheter mon canon !!! Mais bon il n’est pas complétement nul (EOS200D) et puis… j’ai un ou deux bon petits cailloux…

    Cet exposé est fondamental. Il devrait servir de référence pour tous les photographes. Bon oui il y a l’aspect chiffre , tout le monde n’aime pas les maths ou la physique (moi j’aime ;-)) et je pense qu’il y a moyen de présenter ça de manière plus accessible (?). Je prends note , si je dois conseiller ou initier quelqu’un je pense que je m’en inspirerai.

    Merci encore pour cette étude !!

  4. Chanoyan 8 mai 2018 à 11 h 52 min - Répondre

    GRAND Merci, cela fait un bon moment que je cherche quel appareil photo Numérique à acheter, car mon vieux Coolpix P90, qui m’a rendu bien des services, et m’a permis d’apprendre un peu, la photo, commençait à être limité pour moi… Je voulais passer à la vitesse supérieure sans me ruiner, et grâce à vous, et pour satisfaire mes petits besoins, (photos de paysage et de concert et l’envie de tâter la macro) grâce à vous, donc, j’ai enfin pu comprendre et du coup arrêter mon choix. Je vais ma diriger vers le D5300, suffisant pour moi, et, comme je connais déjà les menus Nikon, je vais, j’espère, pouvoir progresser et prendre du plaisir. Encore merci et bravo pour vôtre travail…. Je m’abonne à votre news letter.

  5. jean Bosredon 22 juillet 2018 à 14 h 28 min - Répondre

    Bon,ce n est qu un site pro Nikon,moi j ai choisi Pentax,,donc sans grand interet pour moi

    • Aurélien 28 juillet 2018 à 19 h 07 min - Répondre

      Je suis vraiment désolé d’avoir froissé vos convictions religieuses. Si vous avez déjà choisi, je ne sais pas pourquoi vous êtes ici. Je conseille Nikon car, chiffres à l’appui, c’est le meilleur rapport qualité-prix actuel, et leur parc optique est complet. De plus, les constructeurs d’optiques tiers (Zeiss, Sigma, Tokina, Samyang) fournissent des montures Nikon F. Pentax ne répond à aucun de ces critères pour l’instant. Donc pour quelqu’un qui cherche à s’équiper, ça me semble beaucoup plus rationnel.

  6. Jean Bosredon 4 septembre 2018 à 5 h 35 min - Répondre

    Meilleur rapport qualité prix ? là je crois que Pentax a une bonne longueur d avance.Les reflex Pentax sont tropicalisés,visée 100% sur pentaprisme,pour ne citer que les principaux avantages qui n existent que sur les boitiers haut de gamme des concurrents Pour les objectifs,il y en a déja pas mal chez Pentax et qui sont de bonne qualité,et meme dans des marques comme Tamron ou Sigma,il y a des objectifs prévus pour les boitiers Pentax.Donc,beaucoup de sites ne parlent pas de Pentax,juste à cause de leur parc optique.C est un peu léger comme argument

    • Aurélien 4 septembre 2018 à 12 h 27 min - Répondre

      Le rapport qualité-prix est calculé uniquement sur les performances capteur en divisant la note DXO par le prix. Sur le graphe correspondant, vous voyez clairement que c’est le Nikon D3200 qui arrive en tête. J’ai répété 15 fois dans cet article qu’on ne se souciait que du capteur ici, vu que c’est à peu près tout ce qui est mesurable objectivement, et donc comparable d’un boîtier à l’autre.

  7. Bertrand 3 octobre 2018 à 11 h 47 min - Répondre

    Bonjour, merci pour ce dossier impressionnant ! Une question relative au passage concernant la plage dynamique des capteurs : y at-il un rapport avec ce que l’on appelait la latitude d’exposition d’un film photographique du temps de l’argentique ? Ce qui me chagrine c’est que si un capteur peut avoir une plage dynamique de 14 EV, la latitude d’expo d’un film couleur en négatif était, au mieux, de 5 ou 6 EV et celle d’un film diapo de 1 EV.

    • Aurélien 3 octobre 2018 à 12 h 01 min - Répondre

      Bonjour,

      oui la latitude d’exposition est en fait une plage dynamique. Ceci dit, je nuancerais la latitude d’exposition du film… En faisant des numérisations HDR, je récupère beaucoup plus que 5 EV (sur Kodak Portra), ce qui n’est pas le cas d’un tirage direct à l’agrandisseur. En fait, en film, c’est le papier qui limite plus vite que l’émulsion elle-même. Par contre, quand on va rechercher les luminosités extrêmes en film couleur, il faut corriger la saturation.

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